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Jean-Michel Thiriet n'est pas ce fils de bonne famille, ce mari aimant, ce père attentionné de 6 enfants, cet intellectuel que les grosses lunettes dont il s'affuble quand il se dessine pourraient laisser croire...
Jean-Michel Thiriet n'est rien de tout cela.
Jean-Michel Thiriet n'aime pas les MP3, ni 4, ni 5...
Jean-Michel Thiriet n'aime pas les banques qui ont remplacé les merceries.
Jean-Michel Thiriet n'aime pas le pain congelé.
Jean-Michel Thiriet n'aime pas les mangas.
Jean-Michel Thiriet est un PASSEISTE.
Et un passéiste de la pire espèce qui soit : un passéiste qui n'aime pas les années 80.

Alors, pourquoi lire Thiriet ?
Ouais, c'est vrai ça, pourquoi lire Thiriet ?
Bah, y en a bien dans le tas qui trouveront une raison.

(je continue mon exposé)

Peu de personnes le savent (moi-même ne l'ai appris qu'en lisant cet article), Jean-Michel Thiriet est le fils de Gébé.
S'il le cache soigneusement, ce n'est non pas par honte pour le travail de son père mais plutôt parce qu'être "fils de" n'étant guère apprécié à notre époque, il a préféré se faire un nom par lui-même. Ce qui n'est pas rien dans notre société quand on n'a pas un père influent.
C'est Gébé qui lui enseignera le dessin à grands coups de crayon sur le bout des doigts.
C'est de Gébé, qui fut dessinateur industriel à la SNCF, qu'il tient cet amour de la perspective et des trains.
Et s'il ne tient pas à faire connaître sa filiation naturelle, il est aussi et surtout le fils spirituel de son père.
C'est Gébé qui lui lèguera cette façon décalée de voir les choses.

"Je lui dois tout", reconnait Thiriet évoquant Gébé.

A la disparition de son père, c'est Marcel Gotlib, dit "Le Maître" dans la profession, qui le prendra sous son aile et lui ouvrira les pages de son journal, Fluide Glacial.
C'est Gotlib qui lui apprendra comment ne pas réussir une caricature.
C'est aussi Gotlib qui lui enseignera cet habile stratagème consistant à signaler non loin de la caricature non-ressemblante le nom de la personne soit-disant caricaturée.
Leçons que Thiriet a parfaitement assimilées, comme le prouve sa série "L'histoire de la musique en 80 tomes" qui paraît actuellement dans Fluide Glacial.

"Je lui dois tout", reconnait Thiriet évoquant Gotlib.

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Il signe ses premiers travaux "JMGB" (*) (lire évidemment "Jean-Michel Gébé") jusqu'à ce qu'un de ses amis ne lui fasse remarquer que "JMGB" signifie également "Jeunesse Musicale de Galardon-lès-Bistouilles", l'association musicale d'un petit village du Vaucluse, dont la réputation n'est certes pas internationale mais suffisante pour prêter à confusion.
C'est en voyant le camion frigorifique THIRIET venant chaque semaine recongeler "Le Maître", afin que nous puissions le conserver plus longtemps parmi nous, que Jean-Michel Gébé décide d'adopter ce pseudonyme.

(*) reprenez vos anciens Fluides Glaciaux et vous verrez si je n'ai pas raison (**).

"Je lui dois tout", reconnait Thiriet évoquant ce camion.

Sa rencontre avec le non-illustre illustrateur Irlandais, Sean O'Mercey, dont la célébrité n'a pas dépassé les portes de la mercerie qu'il tient dans le petit village de Derrynacrannog (***), rencontré lors d'un voyage en Irlande sera prépondérante dans sa façon de hachurer son dessin pour lui donner du relief. Son attirance pour les merceries "Old style" vient également de ce dessinateur.

(***) ça existe, vous pouvez vérifier : c'est entre Magheramenagh et Ballymagaghran (**)

"Je lui dois tout", reconnait Thiriet évoquant Sean O'Mercey.

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"Mercery" (détail) par Sean O'Mercey
(Dessin accroché au-dessus du rayon "Boutons" - Collection privée de l'auteur)




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Le dernier livre publié par Thiriet, intitulé "Fugue pour six pattes", fera date dans la carrière de l'auteur, par son importance (360 pages) et par son poids (408 g).

On retrouve tout au long de ce long ouvrage, toutes les obsessions de Thiriet :
l'art pictural, la musique, les digressions, les chevaux, les animaux qui parlent, les personnes nues, l'ambiance de conte de fée, bref tout ce grand n'importe quoi qui fait que ses détracteurs -et pas seulement agricoles- repèrent ses livres au premier coup d'oeil et partent en courant.

Car -Lustucru ?- il y a du Lewis Carroll chez Thiriet.

Pour ceux qui n'auraient pas le temps de lire le livre en entier, je recommande tout particulièrement les pages : 23, 67, 99, 121, 176, 201, 257, 298, 331 et éventuellement la page 158 si on a du temps devant soi.

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Sinon, ben, après tout un tas de péripéties inénarrables (4), l'histoire se termine sur un suspense insoutenable. Prémices d'une suite. L'auteur injoignable depuis la parution de son livre n'a pas pu nous répondre.

(4) comme je ne sais pas si on dit "irracontable" ou "inracontable", j'ai mis "inénarrable" (5) (**)

(5) "inénarrable", pour ceux qui ne connaissent pas le mot, ça veut dire "irracontable" (ou "inracontable", je sais pas) (**)

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Ce qu'on aime
- l'espace réservé au-dessus de chaque planche permettant de s'en servir comme mémo
- le manque de couleurs, qui permettra aux parents de jeunes enfants, moyennant la censure de quelques pages trop osées ou trop violentes (pp 67, 138, 175, 244) et l'achat de quelques crayons de couleurs, malheureusement non fournis, d'occuper leurs progénitures des heures durant
- l'hommage à Gébé (p. 181)
- le "making of" (spécial à la première édition) permettant de se faire une idée de la manière dont l'auteur travaille


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Ce qu'on n'aime pas
- le nom de l'auteur rappelé seulement à la fin : en 300 pages, sans rappel fréquent, les plus distraits d'entre les lecteurs risquent de l'avoir oublié
- l'absence fréquent de résumé de l'histoire pour une raison similaire à la précédente
- le manque de couleurs, compensé par l'usage, décrit plus haut, qui pourra en être fait

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3 bonnes raisons de ne pas lire ce livre :
1. Vous n'aimez pas lire
2. Vous n'aimez pas rire
3. Vous aimez lire et vous aimez rire, mais pas en même temps
4. Il coûte 25 Euros (mais ça compte pas vraiment pour une raison de pas le lire, parce qu'on le lise ou pas, ça ne change pas le prix du livre, hein)

En conclusion, certains se poseront la question de l'utilité d'un tel livre et je leur répondrai "Eh ho quoi personne t'oblige à l'acheter" auquel j'ajouterai "non mais alors".
Ceux qui ne se poseront pas la question pourront toujours l'acheter.

Voilà. C'est tout pour aujourd'hui. A la semaine prochaine. Peut-être. Parce que, après une telle critique, je ne suis pas sûr qu'on m'en commande une autre. Même gratuitement. De toute façon, je l'avais bien dit que je ne voulais pas parler de ce truc. Mais on m'a forcé. Alors après faut pas s'étonner, hein. Tout ça parce que Thiriet connait quelqu'un appartenant à l'ORGANISATION.

"Fugue pour six pattes" de Thiriet (L'Association) - Prix éditeur : 25 Euros

(**) je mets le (*) pas trop loin du sujet auquel il se rapporte parce que, quand on le met à la fin et que le texte est long, on est obligé de faire des allers-retours incessants entre les 2 (*). C'est pour ça.